Le Maroc, un passage pour clandestins africains à destination de l’Europe
LES ROUTES DU DÉSESPOIR

Les clandestins africains vivant au Maroc passent de sales moments ces derniers temps. Les poursuites engagées contre les passeurs présumés ou les hôteliers qui les logent en font frémir plus d’un…

Par Abdellatif EL AZIZI

 

La colline située à proximité de Ksar Sghir est le fief de trafiquants de tout poil.

 

Sale temps pour les clandestins africains qui prennent le Maroc comme base de lancement pour le grand départ. Une vaste campagne de répression a été déclenchée par les autorités locales au niveau des provinces les plus touchées par le phénomène, à savoir Tétouan, Tanger, Al Hoceima et Nador. Plus de 300 Africains clandestins ont déjà fait les frais de cette campagne.
Dans la foulée, les gérants de quatre hôtels non classés situés dans la médina de Tanger ont comparu vendredi 5 janvier devant le tribunal de première instance de la ville. Ils sont poursuivis pour le non-enregistrement des pensionnaires clandestins sur leurs registres.
Les poursuites pour séjour illégal pleuvent allègrement car il semble que la pression est tellement forte que la procédure qui consistait jusqu’à présent à reconduire les clandestins à la frontière ne soit plus tellement opérante. Car chaque jour que Dieu fait les nouvelles qui viennent du nord n’apportent que tristesse. Les Africains qui sont morts de froid au large d’Oujda font partie du lot. Les candidats à l’immigration clandestine sont de plus en plus nombreux, toujours plus déterminés à risquer leur vie dans l’espoir d’atteindre la rive nord de la Méditerranée. Aux "harragas" du terroir, s’ajoutent désormais ceux de l’Afrique Noire, laissés-pour-compte de la pauvreté ou victimes de guerres fratricides qui n’en finissent pas.
Pour atteindre le Maroc, étape particulièrement privilégiée pour ces candidats à l’espoir, les Africains prennent en général la route du Niger. Passage obligé, l’Algérie oscille par rapport au phénomène entre laxisme et fermeté. C’est ce qui explique que les Africains qui sont reconduits à la frontière algérienne par la police marocaine se retrouvent rapidement dans le circuit. La ville algérienne de Tamanrasset est une étape régulière de ces Africains qui ont recours souvent à un passeur qui connaît les pistes du désert comme sa poche. Contre paiement bien entendu.

Conditions déplorables

La majorité de ces malheureux quand ils échappent aux patrouilles se dirigent vers les provinces du nord avec une prédilection pour Tétouan. C’est d’ailleurs dans une montagne, à quelques kilomètres de la ville que vivent dans des conditions déplorables la plupart des Africains qui échouent dans le Nord à la recherche d’un passeur. Véritable village de fortune, la colline située à proximité de la plage de Ksar Sghir est le fief de trafiquants de tout poil. Pris en charge par les trafiquants de main d'oeuvre qui leur promettent de les faire pénétrer en Europe via l’Espagne ou l’Italie, ils n’ont pas beaucoup de chance d'échapper aux vents du Détroit à Tarifa. De plus en plus, ils constituent la majorité des naufragés du Détroit qui débarquent par dizaines sur les plages de Malaga et de Cadix à la recherche de l'eldorado à travers les enclaves marocaines de Ceuta et de Mellilia, ils arrivent sur des pateras.
Il y en a presque de tous les pays africains, on les appelle désormais les ''dos mouillés''. Victimes de l'échec de la politique d'immigration européenne, mais beaucoup plus du dénuement, de la pauvreté excessive et de la politique des dirigeants africains.


MARCHÉ JUTEUX

 

Selon l'Organisation internationale des migrations, ce sont des centaines de milliers de gens, par désespoir ou par désir d'améliorer leur sort, qui s’adressent à des organisations criminelles pour passer dans le Nord où ils espèrent une vie meilleure. Un marché juteux où des services de passeurs drainent plus de 7 milliards de dollars US dans le monde entier. Cette activité a sérieusement mis à l'épreuve la capacité d'absorption des pays ciblés, sur les plans économique et social. La croissance démographique prévue dans les pays du Tiers monde au cours de la prochaine décennie, est la garantie certaine que le trafic du passage clandestin d'immigrants va prospérer.
Car le passage clandestin d'immigrants reste une activité rentable qui présente un attrait à la fois pour les groupes traditionnels du crime organisé et les groupes qui se consacrent spécifiquement à cette activité. La plupart offrent une gamme complète de services, y compris les faux papiers et le transport des personnes jusqu'au pays choisi.
Certains ne s'occupent que d'une étape du passage. Il y a trois styles de participation au crime organisé: le passage à proprement parler, le passage auquel s'ajoute l'exploitation des gens, et enfin le passage clandestin qui est à la base d'autres activités criminelles comme la falsification des cartes de crédit, le trafic de drogues et le vol de voitures. Dans le cas du simple passage, le rôle de l'organisation criminelle prend fin lorsque l'immigrant arrive à bon port ou lorsqu'il a complété l'étape du voyage.
D’autres organisations, véritables cartels du crime, continuent d'exercer un contrôle sur les clandestins, n’hésitant pas à les exploiter pour des réseaux de traite des blanches ou encore de trafic de drogue.
A.E.A.

 

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