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L'arrivée
au pouvoir des Alaouites en 1659 correspondait à une orientation
nouvelle du cours de l'Histoire du Maroc. Depuis 1630, et sous la conduite
du fondateur de la Dynastie, Moulay Ali Chérif, et son fils Moulay
M'hamed, les historiens notent que le pays qui vivait tourné vers
ses horizons sahariens, veilla désormais sur ce qui se déroulait
près de ses côtes atlantiques; du reste les Alaouites sont
originaires de Yanbou, port d'arabie sur la mer Rouge d'où ils
immigrèrent vers le Maghreb pour s'installer chez les tribus filalies
au XIIIème siècle.
Ces liaisons traditionnelles continentales avec l'Afrique et le Moyen-Orient
allaient être de plus en plus abandonnées au profit d'échanges
maritimes avec le monde occidental chrétien, lequel animé
d'un esprit de croisade et de lucre, encourageait l'Espagne et le Portugal,
et bien avant la conquête de l'Andalousie, à agresser, aux
fins d'occupation, les places maritimes du Maghreb.
Impulsion
Les Alaouites
s'étaient fixés pour but prioritaire de libérer ces
places de l'occupant étranger et de restaurer l'unité marocaine.
Moulay Rachid, proclamé Sultan en 1664, entreprit dès son
avènement la mise en uvre de cet ambitieux programme politique.
Après s'être rendu maître de la zaouia de Dilai, le
24 juin 1668, il se débarassa de l'agitateur et grand Raïss
corsaire Abdelkader Ghaïlane et mit ainsi un terme définitif
à l'autonomie de ses corsaires de Salé. En 1669, Moulay
Rachid s'irrita de l'attitude belliqueuse des États d'Europe. Il
donna l'ordre à ses corsaires de redoubler d'activité afin
de faire respecter par les Chrétiens la nouvelle Monarchie Chérifienne
ou Hassanienne.
Après avoir fléchi pendant les dernières années
de la dynastie saâdienne l'activité des corsaires salétins,
sous l'impulsion chérifienne, connut un regain de vigueur. Les
eaux européennes furent de nouveau sillonnées par les chébecs
de Salé. Un grand nombre de navires marchands européens
furent capturés jusque dans la Manche et au large des loitains
rivages de l'Islande.
Malheureusement Moulay Rachid disparut très vite, victime d'une
terrible chute de cheval lors de festivités équestres consistant
en de périlleuses simulations de charge de combat. Son frère
et gouverneur de Meknès lui succèda le vendredi du mois
de Moharrem de l'an 1081 de l'Hégire ou 17 avril 1672 J.C. Le vendredi
daprès, juste après la prière du dohr l'immense
esplanade du Méchouar était envahie par une foule venue
dans l'attente d'une Makhzania ou activités royales publiques du
nouveau Sultan Moulay Ismaïl. Parmi les personnalités présentes
au palais de Meknès se distinguait nettement par sa belle allure,
une rangée de dignitaires richement vêtus d'extraordinaires
tenues: c'étaient les gens de mer de Salé, armateurs et
corsaires venus présenter au nouveau souverain l'allégeance
au nom des habitants de la capitale maritime du Royaume.
A la tête de la délégation l'armateur slaoui (seletin)
Abdelkader Mâninou dit Marino et son frère, l'ambassadeur
Haj Ali Maâninou. A leur côté, tout le gratin des chefs
du jihad maritime de Salé à savoir: Abdellah Ben Aïcha,
amir al bahr (amiral) de la flotte marocaine, son frère Raïs
Abderrahmane Ben Aïcha, Raïs Fennich, vice amiral; Raïs
Ali Hakem, Raïs Haj Brahim, Raïs Candil et le redoutable Raïs
Maïze.
Après la cérémonie d'allégeance, tout ce beau
monde de grands marins fut invité à l'intérieur du
Palais et sous la conduite du Caïd Haddou Hajib (chambellan) du Sultan,
les corsaires furent introduits dans la salle du Trône.
Le Sultan Moulay Ismaïl visiblement charmé tant par l'allure
décontractée que par la réputation de bravoure militaire
en mer des Slaouis, les accueillit avec beaucoup d'affabilité,
les invita à un passionnant dialogue sur leur métier, notamment
le commerce et les relations avec le monde extérieur que les raïs
étaient les rares Marocains à connaître pour l'avoir
fréquenté souvent au péril de leur vie. A l'issue
de cette longue et fructueuse audience royale, l'avisé Sultan nomma
séance tenante Abdelkader Maaninou gouverneur de Rabat-Salé.
Par la suite Moulay Ismaïl nomma Haj Mohamed Timim gouverneur de
Tétouan, autre bastion des corsaires en Méditerranée.
Aux deux gouverneurs, le Sultan confia l'urgente mission de renouer contact
et prendre attache avec les négociants français dans leurs
comptoirs commerciaux de Salé, Safi, Agadir et Tétouan.
Deux années plus tard le Sultan créa le ministère
de la mer ou ouizarat Al Bahr qui mit beaucoup d'ordre dans la gestion
des affaires maritimes. Déjà grand gouverneur avant d'accéder
au trône, Moulay Ismaïl, en stratège implacable, savait
que le monde chrétien était puissant en mer et que le Maghreb
ne devait son salut qu'au dynamisme des corsaires et leurs flottes maghrébines
peu nombreuses certes mais d'intense activité car placées
entre les mains des meilleurs marins qui puissent alors exister de Salé
à Tétouan, d'Alger à Tunis et à Tripoli. Moulay
Ismaïl cherchait la paix avec l'étranger et voulait pour cela
que ce dernier évacuat les villes marocaines qu'il occupait de
la Maâmora à Tanger, Sebta, Mellilia, El Jadida dans lesquelles
Anglais, Français, Espagnols et Portugais étaient impliqués.
"Dieu a donné aux musulmans l'Empire des terres, laissant
aux païens celui de la mer" écrivit avec hauteur Moulay
Ismaïl à Louis XIV, Roi de France. Mais le Sultan ne voudrait
plus de cette infériorité en mer aussi et après un
raid meurtier de la marine anglaise sur le littoral maroco-algérien
duquel ils firent prisonniers de paisibles marins pêcheurs de ces
deux pays. Le Sultan écrivit au Roi d'Angleterre:
"Pour ce qui concerne les esclaves que vous avez faits, ils sont
de différentes villes et ne sont pas tous du nombre de mes sujets.
Ce que j'en faisais était par charité, parce qu'ils sont
musulmans et que c'est la nécessité qui les fait aller sur
mer pour avoir de quoi vivre". Par contre "ceux qui sont du
nombre de mes soldats, ils voguent sur mer pour combatre et mourir s'il
le faut, pour la défense du pays, mais les Musulmans que vous avez
pris sont des gens de petites conditions, désarmés qui ne
méritent pas cette agression". "Je vais désormais
faire construire des vaisseaux aussi grands que les vôtres, et peut-être
davantage. J'espère aller en course sur vous dans vos mers d'Angleterre,
comme vous aller sur nous dans les nôtres, et prendre à mon
tour vos vaisseaux et vos capitaines". Jusqu'à sa mort en
1727, Moulay Ismaïl se consacra à l'édification d'un
grand empire continental et maritime, tâche que poursuivra avec
éclat son petit fils sidi Mohamed Ben Abdellah ou Mohamed III (1757-1790)
avec la création d'une forte place maritime à Essaouira
et à Casablanca, ainsi que la reprise de l'arsenal de Salé
pour la construction de la flotte que commandaient de très compétents
raïs tels l'amiral Salah, et les Raïs Faraj, Haj Hassoun Aouad
Slaoui, Kadour Chaïb Rbati, Lahchmi et Larbi Mestari, Mohamed Essalhi,
Kadour Ben Marouf, Ali Ben Messoud, Oueld Ramdan, etc.
Attache
Le Sultan
Moulay Hassan 1er (1873-1894) lutta courageusement pour sauver le pays
de la main-mise étrangère. Il tenta vainement de faire construire
une flotte marchande et militaire.
Et nous arrivons au règne du père de la nation S.M. le Roi
Mohamed V, que seconda brillament le Prince Hériter Moulay Hassan,
intronisé Roi en 1961, et qui donna toute la mesure de son savoir
faire au pays. Monarque de formation juridique et d'officier de marine,
il lègue à son illustre fils, l'actuel Roi Mohamed VI un
héritage en patrimoine de mer jamais atteint depuis la grande dynastie
mérinide.
Le 31 décembre 1999, ultime journée du millénaire
écoulé, à Rabat, S.M. le Roi Mohamed VI nomma un
wali-gouverneur de la capitale ismailienne en la personne d'un membre
respecté des gens de mer; de même que la récente nomination
du S/G du ministère du Transport, autre spécialiste du secteur
a ravi les professionnels de la mer très honorés de cette
marque de confiance royale à l'égard de deux éminentes
personnalités des leurs. Heureux présages qui, espèrent-ils,
augurent à dautres sollicitudes royales destinées
à rehausser le maritime et, partant, la grandeur du Royaume.
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