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Maroc-Hebdo International: Cest vrai que vous avez déposé
votre bilan ?
- Abdelkader Retnani: Non. Je nai pas déposé le moindre
bilan. La preuve, Eddif est toujours ouverte et elle continue à
fonctionner normalement. Pourtant depuis quelques jours, on parle dans
le milieu de lédition de la faillite dEddif.. Cest
vrai, il y a un de mes écrivains à létranger
qui ma appelé pour me dire la même chose. Je suis sûr
quil y a des gens dans lédition qui souhaitent ma disparition.
Mais malheureusement pour eux, je suis toujours là. Mieux encore,
Eddif a des jours meilleurs devant elle. Pour la rentrée, nous
avons programmé pas moins de onze titres dont "La chambre
noire" de Jaouad Mdidech, un ex-hôte de Derb Moulay Chérif,
qui sortira bientôt.
Vous voulez dire que Eddif se porte bien ?
- Elle se porte comme un charme.
Vous ne traversez aucune crise financière ?
- Ca sera vous mentir de vous dire que la santé financière
dEddif est en béton. Dailleurs, et à ma connaissance,
personne dans lédition au Maroc ne pourra avancer le contraire.
Depuis sa création, Eddif a toujours souffert de ce problème,
mais avec le temps, nous avons appris à le gérer et de continuer
à éditer malgré tous les problèmes du monde.
Et ce nest pas aujourdhui quon va mettre la clef sous
la porte à cause de la fragilité et la précarité
de nos moyens.
Cest donc votre réussite qui vous fait des jaloux
dans le métier ?
- Tant mieux. Cela veut dire donc que jai réussi. Et puis
ce qui est ridicule, cest que ces gens qui propagent ce genre dintoxication
à mon égard ne se rendent pas compte que cela profiterait
énormément à mon entreprise.
Mais vous êtes également le mal aimé de lédition
?
- Cest vrai, je nai jamais compris cette antipathie en
coulisses de la part de certains de mes confrères. Est-ce de lémulation
ou est-ce que je ne fais pas très éditeur ? Je ne sais pas.
En tout cas, cette culture de la jalousie ne nous est pas étrangère.
On dit que vous êtes arrivé à lédition
par la fenêtre...
- Comment cela par la fenêtre ? Jai fondé mon entreprise
Eddif comme tout autre entrepreneur dans ce monde. Et puis je nai
de compte à rendre à personne. Je suis un éditeur
comme les autres. Ma boîte publie une trentaine de livres par an.
Mes livres se comportent bien au marché. Ça a lair
de bien marcher. Jaimerais bien quon fasse mieux ! Alors je
ne vois pas à quoi vous faites allusion.
Je ninsinue rien. Ce sont vos confrères qui invoquent
souvent votre passé dexportateur dagrumes
- Écoutez, je nai jamais été un exportateur
dagrumes ou de tomates. Jai travaillé dans un organisme
dexportation dagrumes. La nuance est de taille. Et puis, il
ny a rien qui interdit à un exportateur dinvestir dans
lédition. Cest un tabou ou quoi ? Aussi, existe-t-il
des êtres qui naissent avec l " illustre " titre
déditeur.
Tout le monde a, quelque part, entamé une carrière professionnelle
avant de se décider de se lancer dans lédition.
Vous étiez également président du Raja
?
- Oui, jétais président du Raja club Football pendant
5 ans. Lors de ma présidence, le Raja a été sacré
en 1989 et pour la première fois de son histoire champion du Maroc.
Lannée daprès, nous avons gagné la Coupe
dAfrique dans son ancienne version.
Cest au terme de mon mandat au Raja, que jai décidé
de fonder la maison dédition Eddif.
Cest la passion du foot alors qui vous a amené à
lédition ?
- Je ne comprends pas pourquoi vous faites le lien entre le foot et lédition.
Je dois vous avouer que la décision de fonder une maison dédition
nétait pas le résultat dune étude de
marché ou la conséquence de lattraction dun
secteur où lon peut faire une fortune. Au contraire, personne
ne ma encouragé à investir dans lédition.
Et tout laissait prévoir que jallais me casser la gueule
et faire faillite immédiatement.
Et cest vrai que jai perdu beaucoup dargent et que mon
entreprise nétait pas du tout une affaire qui marchait bien.Tout
cela, pour vous dire que cest par passion pour les livres et suite
à un coup de cur pour lédition que jai
créé Eddif.
Vous voulez dire que vous êtes un féru du livre
et de la lecture ?
- Absolument. Quand jétais gamin, jai toujours aimé
dévorer toutes les séries de bandes dessinées qui
me tombaint entre les mains. Dailleurs javais la passion de
les collectionner et de les garder jalousement.
Cétait quoi vos BD préférées
?
- Jadorais des BD comme Zembla, Blek, Kiwi, Akim, Ombrax, Tex Willer
et bien dautres.
Quel est le dernier livre que vous avez lu ?
- Cest un manuscrit de Abdellatif Laabi que nous comptons publier
bientôt.
Comment sont vos rapports avec les écrivains que vous
éditez ?
- Jentretiens de bons rapports avec tous mes écrivains.
Ma méthode de travail est très transparente. Une fois la
décision de publier un livre est prise, je prépare un contrat
en bonne et due forme où il est écrit noir sur blanc, sans
aucune ambiguïté, les droits de lauteur ainsi que ses
devoirs. Cest en connaissance de cause que lécrivain
approuve et signe son contrat. Grâce à cette procédure,
je nai eu jamais le moindre problème avec mes auteurs.
Quel pourcentage de droits dauteur touchent vos écrivains
?
- 10 %.
Sont-il toujours contents de cela ?
- Généralement oui.
Quel est votre budget annuel ?
- Huit millions de dirhams.
On remarque que vous éditez beaucoup dessais et
peu de romans ?
- Cest une question de marché. Le lecteur marocain aime lire
les essais. La fiction locale lenchante peu.
Comment expliquez-vous cela ?
- Au Maroc, il y a un engouement terrible pour les livres qui remettent
en question lordre établi des choses. On préfère
les écrits qui dénoncent, mettent à nu les côtés
négatifs de notre société ou carrément les
ouvrages qui bousculent les tabous. La preuve, à titre dexemple,
par le livre de Soumaya Guessouss "Au-delà de toute pudeur".
Nous lavons édité plus dune fois et il a réalisé
des ventes de 40 mille exemplaires.
Vous voulez dire que le lecteur marocain naime pas rêver
?
- Ce nest pas que le lecteur marocain naime pas rêver.
Mais, daprès notre expérience, il nest pas attiré
par la fiction. Peut-être quil la trouve trop belle pour être
vraie.
Mais même dans la fiction, vous pouvez vendre des cauchemars
?
- Cest trop compliqué à expliquer. Mais tout ce que
nous avons constaté cest que le lecteur marocain sintéresse
beaucoup plus à lessai quà la fiction.
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