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La santé
? "Vous ne me trouvez pas in articulo mortis." Manosque va bien
aussi. Manosque, pas loin de Marseille, cest là où
il vit en retrait de tout ce qui bouge vite.
Là bas, le temps semble passer moins vite. Parfois, il arrive même
quil suspende ses pendules, pour le grand plaisir de Jean-Louis
Miege qui en profite pour revisiter le passé dans le rythme de
sa démarche scientifique et sa passion insondable pour tout ce
qui est histoire.
Jean-Louis Miege se tourne légèrement les pouces, il savoure
la satisfaction du devoir accompli. Personne à remercier, hormis
"la providence et le destin", plus rien à prouver: "J'ai
duré et je dure encore." À 77 ans, Il ne regrette rien.
Ni ce qu'il a fait, ni ce qu'il n'a pas fait. "Comme dans la chanson."
Il va à la messe et confesse.
Ici-bas, sa thèse de 5 tomes sur "Le Maroc et lEurope,
1830-1894" reste une référence pour tous ceux qui veulent
comprendre lhistoire contemporaine du Maroc.
Preuves
Il a 25
d'ouvrages à son actif dont 14 sur le Maroc. Il continue à
dégorger ses mots. Cela donne des récits historiques dune
rare précision avec un engouement terrible pour la description.
Récemment, lors du colloque consacré aux aspects culturels
de la personnalité de feu S.M Hassan II, cet historiologue a mis
laccent sur la personnalité singulière et unique du
regretté Souverain parmi les chefs dÉtat contemporains.
Pour lui, feu S.M. Hassan II a fait un classement parmi les hommes, il
avait distingué ceux qui avaient du style et ceux qui nen
navaient pas, ceux qui étaient fréquentables parce
quils avaient de bonnes manières, de la culture, de la finesse
et de la sensibilité et ceux que lon rejetait quels que soient
leurs grades et leurs titres, cétait pour lui le critère.
Feu S.M. Hassan II, raconte-t-il, aimait lhistoire, on lui a demandé
quest-ce que vous vouliez devenir si vous nétiez pas
Roi, il disait historien, cette citation était une preuve irréfutable
de lintérêt particulier quil accordait à
lhistoire et aux événements historiques.
Plaisir
Jean-Louis
Miege, perfectionniste, annote programmes et menus. Il aime mettre les
petits plats dans les grands. Ou le contraire, déguster un chasse-spleen
sur une nappe à carreaux, tout seul devant son journal ou un traité
historique, souvent sur le Maroc. "Manger, dit-il, est le seul plaisir
sans mélange."
Jean-Louis Miege est né le 20 août 1923 à Rabat. Où
son père, Emile, a fondé et dirigé la recherche agronomique
au Maroc de 1918 à 1940. En fait, cest grâce à
son père et ses recherches sur le terrain que Jean-Louis Miege
a appris à connaître le Maroc tout jeune à dos de
mulet. Il a pu sillonner ainsi les villes impériales, comme les
petits bourgs et les prairies du royaume chérifien alors sous le
joug du colonialisme français.
"Je suis fondamentalement un universitaire, pas un homme politique.
Et je suis heureux de ne pas leur ressembler. Et puis je ne me considère
pas comme un historien colonialiste. Je suis un historien ". Il ne
changera pas d'avis. Un cigare sallume. Le regard pensif mais lesprit
toujours vif. Que va-t-il puiser au fond de sa mémoire éléphantesque?
Ses cours au lycée Gouraud à Rabat de 1945 à 1947,
ceux à lécole marocaine de lAdministration de
1955 à 1961, ses autres titres et casquettes, ses prix, ses distinctions
ou le souvenir de sa mère France Mensard inhumée au cimetière
de la capitale en 1978 ? Ou simplement une injection de vitalité
avant de se jeter de nouveau dans une autre parcelle diachronique ?
Infatigable, ce professeur émérite usine du récit
chronologique. Il crache son encre tel un poulpe dactylographe, noircissant
ses feuillets avant le déjeuner. Donc, écrire en solitaire.
Mais sans pouvoir s'empêcher de brasser l'époque. Dans ses
écrits se croisent les grands événements qui ont
décidé ou influencé lHistoire du Maroc. Quand
il lui arrive de faire relâche, ça le tient en éveil.
Il croit au premier jet, se corrige peu, déteste se relire et les
copains qu'il inonde de ses productions dédicacées demandent
grâce d'un: "J'ai pas encore fini le précédent."
Si Napoléon mesurait 1,59 mètre, De Gaulle plafonnait à
1,93 mètre. Jean-Louis Miege toise un peu moins à
défaut de quelques centimètres près- et ça
le rassure. Le bon fils de parents lettrés puise dans sa haute
taille une confiance qui n'allait pas de soi. "Être grand,
ça vous aide à cacher aux autres votre timidité.
Vous impressionnez, alors que vous êtes dans l'état d'esprit
d'un nain."
Clarté
" Les
autres ? Il faut bien quils trouvent quelques choses à nous
reprocher ! ". Un autre propos de Jean-Louis Miege explique peut-être
mieux l'orgueil de la prise de tangente de ce Français du Maroc
qui parle haut comme on porte beau. Surtout, en affectif excessif, il
se livre à un sport devenu un impératif catégorique
en ces temps qui battent courageusement le tambour de la vertu sur la
coulpe du mort.
Surtout, sa vision du monde finit par transpirer une espérance
tenace. Il tente d'interroger cette apnée dans le crassier : "
Est-ce le vieillissement? Est-ce ma propre expérience de la vérité
historique ? Est-ce la profondeur de la crise?" En tout cas, dans
le Maroc du 19-ème siècle, Miege-histoire, le bien-être
empire. Il y avait des rêves de notoriété scientifique,
il n'y a plus qu'une énergie vitale qui épuise ses envies.
On transpire sa peur comme on essore ses vérités. On dort
peu auprès de manuscrits formolisés. On se lève,
on allume sa lampe, on se met au travail. Lhistoire est là.
Elle est toujours à réécrire.
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