Candidature du Maroc pour l’organisation du Mondial-2006


LES FRUITS D'UNE CAMPAGNE

Par Jamal CHIBLI

 

L’un des sérieux prétendants à l’organisation de la Coupe du Monde 2006 de football, le Maroc a mené une campagne dans le respect total de l’éthique et dans un esprit de fair-play. Loin des frasques et des dépenses inutiles, les artisans de cette campagne peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir accompli honorablement leur mission, en dépit d’un léger déficit sur le plan de la communication. À l’instar des autres candidats, l’Afrique du Sud, l’Angleterre, l’Allemagne et le Brésil, le Maroc attend impatiemment le verdict de la fédération internationale de football (FIFA) qui sera rendu jeudi 6 juillet.

 


Driss Benhima remettant le dossier de candidature du Maroc 2006 ˆ Sepp Blatter.

 

Au Burkina Faso, à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations 1998, la campagne sud-africaine battait déjà son plein. Les Allemands et les Anglais en faisaient autant. En ce temps, l’idée d’une candidature marocaine n’était pas à l’ordre du jour. Pourtant, le Maroc, qui s’était porté candidat à deux reprises (1994/1998), était le mieux placé pour défendre les chances du continent. En plus, l’Afrique était plus que jamais privilégiée dans les déclarations des décideurs de la FIFA, notamment son nouveau président, le Suisse Joseph Blatter, qui ne cachait pas sa préférence pour un mondial africain, conformément au principe de rotation entre les continents.
Encouragé par les intentions de M. Blatter et poussé par l’envie d’entrer dans l’histoire par la grande porte, le Maroc a pris la décision d’officialiser sa candidature auprès de la fédération internationale. Il fallait donc rattraper le temps perdu par rapport aux trois principaux pays en lice, l’Afrique du Sud, l’Allemagne et l’Angleterre.

Promotion

Pour ce, un comité national de candidature a été constitué sous la présidence de Driss Benhima dont la mission était de mettre au point un plan d’action susceptible de garantir une promotion infaillible au dossier national. Mais, au moment où les préparatifs allaient bon train dans la perspective de la présentation officielle de la candidature nationale à Zurich en août 1999, le peuple marocain a été affligé par la disparition de SM le Roi Hassan II, le 23 juillet dernier.
On savait combien ce projet tenait à cœur au le monarque défunt. Depuis la première candidature, il n’a jamais cessé d’apporter son soutien inconditionnel à cette candidature. Grâce à la volonté royale, le Maroc avait failli à deux reprises coiffer au poteau deux grandes nations, les États-Unis et la France. En plein deuil national, SM le Roi Mohamed VI a donné son appui à la candidature nationale. Le projet devait aller jusqu’au bout.
Le 9 août de l’année écoulée, M. Benhima s’était rendu à Zurich pour la cérémonie de présentation du dossier marocain. Vu les circonstances de deuil, le comité national avait modifié tout le programme de cette cérémonie qui devait se faire de manière solennelle. Mais, elle fut sobre.
Quelques jours plus tard, le Conseil des ministres arabes de la Jeunesse et des sports a tenu une session extraordinaire pour se prononcer sur la question de la candidature, en marge des Jeux Panarabes à Amman, en Jordanie. L’allocution émouvante du ministre de la jeunesse et des sports Ahmed Moussaoui n’a pas laissé indifférents ses homologues arabes. Une unanimité arabe s’est dégagée.

Unanimité

Et la campagne de promotion était bel et bien lancée. Sur le front intérieur, le gouvernement d’alternance n’a pas manqué de susciter l’engouement et l’enthousiasme populaires à travers l’association de toutes les composantes de la société. Devant la chambre des représentants, le 13 janvier, le Premier ministre a annoncé que le gouvernement allait investir 5 milliards de dirhams pour la réalisation des infrastructures nécessaires.
Pour donner une nouvelle impulsion au dossier national, le Souverain avait désigné, le 11 décembre 1999, SAR le Prince Moulay Rachid Président du comité national de la candidature marocaine. Lors de la visite de la commission d’inspection de la FIFA en février 2000, les émissaires de la FIFA ont pu s’enquérir de l’engagement de la plus haute instance du pays en faveur de ce " rêve d’un continent " et le " projet d’une Nation ", comme l’exprime bien le slogan de la campagne. Pour sa part, Driss Benhima s’est transformé en un véritable globe-trotter.
D’un avion à l’autre, il n’a pas cessé de multiplier les visites pour convaincre les pays influents au sein de la FIFA de la crédibilité et de la légitimité de la candidature marocaine. Au fil des jours, il a fini par élucider certains préjugés sévissant dans certains pays d’Europe et d’Amérique latine, les deux confédérations les plus représentées au sein du comité exécutif.

Tournée

Assuré de l’appui et du soutien des pays arabes, le Maroc devait coûte que coûte attirer la sympathie des Africains. Dans la deuxième moitié du mois de décembre, M. Benhima, président délégué du comité national de candidature, a effectué une tournée d’une quinzaine de jours dans l’ensemble des États de l’Afrique de l’Ouest, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Mali.
Il va enchaîner avec une deuxième tournée africaine dans les pays du Sud et de l’Est du continent dans une tentative de renforcer les chances de la candidature marocaine au sein des États anglophones qu’on disait acquis à la cause des Sud-Africains. Ce périple l’avait conduit au Congrès de la Confédération africaine de football, tenu les 20 et 21 janvier à Accra, la capitale ghanéenne. La question de la double candidature africaine n’a pas été réglée à cette occasion. Cependant, quelques mois plus tard, dimanche 11 juin, le Maroc et l’Afrique du Sud ont résolu définitivement ce problème, lors d’une visite du ministre sud-africain du sport et des loisirs, Ngconde Balfour. Les deux pays décidèrent alors d’aller jusqu’au bout. Depuis le Congrès d’Accra, la candidature marocaine a gagné du terrain. Le ministre de la jeunesse et des sports Ahmed Moussaoui s’est rendu, durant le même mois, dans les pays du Golfe pour obtenir la confirmation du soutien du Monde arabe. Chose faite. Le rang arabe constitue désormais un front uni derrière le dossier national.

Opportunité

Dans cet élan mobilisateur, les entreprises marocaines n’ont pas failli à leur contrat, en signant des contrats à coups de millions de dirhams avec l’Association Maroc Mondial-2006 qui a renfloué ainsi ses caisses pour mener une campagne efficace.
L’organisation de la troisième Coupe Hassan II, du 4 au 6 juin à Casablanca, a offert au Maroc l’opportunité de tester ses véritables capacités. Les organisateurs ont réussi leur examen, même s’il reste des choses à régler pour se conformer aux conditions de la FIFA. La présence de la France et du Japon a assuré au Royaume une belle promotion, à quelques jours du verdict.
Lors de son dernier voyage au Maroc, les 24 et 25 mars, le président de la FIFA s’est rendu compte de l’importance accordée par la plus haute instance du pays à cette candidature. Joseph Blatter a été en effet reçu par SM le Roi Mohamed VI qui s’est investi personnellement pour défendre le dossier national. Le patron suisse du football mondial a toutes les garanties du monde que le Maroc est très sérieux dans sa demande.

 

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