Méfiez-vous des parachutistes, dernier
roman de Fouad Laroui
DRÔLE DE MACHIN !
L'ingénieur Machin et le parachutiste Bouazza, deux personnages hauts en couleur, sont au centre du dernier roman de Fouad Laroui, Méfiez-vous des parachutistes. Une véritable caricature de la société marocaine qui laisse pourtant poindre un réalisme des plus lucides. Justesse du ton, grâce ironique mais fraternelle qui appartiennent en propre à l'auteur. Récit de la dernière trouvaille de Fouad Laroui.
Par Naïma BOUÂCHRINE
Après Les Dents du topographe (1996) et De quel amour
blessé, Fouad Laroui récidive avec Méfiez-vous
des parachutistes (1999), édité chez Roman Julliard.
Le dernier rejeton de Fouad Laroui, écrivain marocain de
langue française est une véritable satire de la
société marocaine avec toutes ses contradictions
et ses travers.
Un véritable tableau peint d'humour, mais aussi de désappointements
que l'auteur a vécus enfant et adolescent et qu'il endure
même adulte. Des blessures qui ne sont pas prêtes
de guérir.
La trame a comme héros deux personnages aussi excentriques
l'un que l'autre (si trame il y a, car il s'agit d'une écriture
éclatée propre à cette nouvelle génération
d'écrivains maghrébins de langue française),
l'ingénieur Machin, un paisible salarié des Bitumes
de Tadla, et le tonitruant Bouazza, le parachutiste.
Après des études en France, l'ingénieur Machin
rentre au pays pour y travailler au compte du richissime Cigare,
un capitaliste à la façon du makhzen, craint et
un brin ébloui par le pouvoir hiérarchique.

Fouad Laroui, écrivain marocain de langue française
Fables
Un homme dont la fortune est l'objet de convoitises et de ragots
qui ont fini par prendre l'allure d'une fable. Machin, ingénieur
de son état donc, se voit un jour envoyé en mission
labyrinthique: il entreprend un voyage sans queue ni tête
pour débarquer, ivre de fatigue, à New Delhi et
achetant avec les soins d'un commis de Cigare 6000 sari de couleur
verte et rouge.
Lui, un "fassi "qui a jusqu'à ce jour caché
ses origines, se voit en train de pratiquer le métier le
plus classique des "fassis": vendeur de tissus. Et au
narrateur de bifurquer pour nous donner un portrait détaillé
des Fassis.
Des gens qui manient à merveille l'art de la politesse
avec lequel ils désarment les plus réticents et
les plus rebelles. Et dire qu'il s'est cassé les méninges
pour faire des études de génie
civile!
Rentrant dans un demi coma au pays, il fut surpris et par la mort
de son patron Cigare et par un parachutiste qui lui est tombé
sur la tête. Toute la ruse et la roublardise campagnardes
parachutées d'on ne sait quel Ciel! Machin, par hospitalité
marocaine convie Bouazza le parachutiste à passer la nuit
chez lui.
Humour
Celui-ci, ému par cet élan de générosité
ne tarde pas à squatter l'appartement de Machin et à
régner en maître des lieux.
Les trois jours d'hospitalité passés, Machin donne
de l'argent à Bouazza pour qu'il puisse rentrer chez lui.
Mais surprise!
En rentrant chez lui, Machin retrouve le parachutiste tapi dans
sa maison, fier comme un coq de son tagine au poulet et au citron
qu'il a préparé pour le déjeuner et de la
djellaba qu'il a offert à Machin et qui est toujours chez
le tailleur en attendant que les 800 Dh soient réglés.
Imprévisible ce Bouazza!
D'autres intrus s'imposeront dans la vie de l'ingénieur
Machin, qui autrefois, n'avait de compagnon que son chat, dont
l'affection est toujours intéressée et ses ouvrages
sur les bitumes et d'autres fictions qui le confortent dans sa
solitude. Ces personnages sont la caricature de Marocains de plus
en plus blasés.
De la femme au foyer qui n'a comme occupation que chercher noise
à son mari, à ce jeune cousin ravagé par
le chômage et obsédé par "Taliane"
et "L'miricane", ou bien cette belle-mère de
la race des rapaces qui lui est tombée sur la tête
comme une fatalité.
Le peu de poésie que la vie daignera lui offrir sera cette
petite berbère. Drapée d'une candeur à désarmer
Machin, Ito est la sur d'un commissaire travaillant à Tanger,
ami de Machin.
Une innocente idylle amoureuse ne tarde pas à se tisser
entre Machin et Ito. Machin se découvre dans un monde jusqu'à
ce jour inconnu et fermé à lui. De la poésie
bouleversante dans un monde de rustres dont le souci majeur est
de manger, boire et soutirer de l'argent aux autres. Bref, des
mercantilistes, pour qui les sentiments, c'est du chinois!
Corruption
Mais cette poésie a un arrière-goût amer.
Tout est corruptible dans un pays que l'auteur aime pourtant.
Même Ito est devenue, poussée par son frère,
un objet sexuel dont usent et abusent contre de l'argent comptant,
Golfiens et Marocains.
Le roman se démarque par son réalisme. L'écriture
éclatée, ce mode privilégié chez ces
écrivains maghrébins de langue française,
et qui se manifeste par la technique du "récit dans
le récit", n'a pas été exploitée
aux dépens du contenu.
Connaissant comme ses poches la société marocaine,
Laroui n'est pas de ces écrivains qui ont opté pour
une écriture folklorique donnant à voir des personnages
et des lieux qui feraient rêver des touristes en mal d'exotisme.
Ainsi, le mode autobiographique régule la cadence du roman.
De l'aveu même du romancier, certains passages narrés
relèvent de son autobiographie. Laroui-narrateur, ingénieur
de métier, nous entraîne dans les dédales
d'un délire qui ne découlerait que de cette crise
identitaire que tous les maghrébins ont en partage.
UN PLAISIR DE MOINS
Rachid Taha ne sera pas de la fête le 8 juin à Casablanca,
et le 9 à Rabat. La star algérienne, dont les albums
sont amplement écoutés partout dans le monde ne
se produira pas lors des Estivales 99. Cette éclipse soudaine,
selon les organisateurs est due à la maladie de Rachid
Taha: "Cas de force majeure: il est hospitalisé pour
plusieurs semaines", souligne un communiqué conjoint
des directeurs des Instituts français de Casablanca et
de Rabat. Mais les fans marocains de la star franco-algérienne
ont obtenu en contrepartie la promesse de voir se produire Rachid
Taha l'année prochaine au Maroc. Un petit changement dans
le programme des Estivales qui a pourtant laissé des déçus.
Pour le reste du programme, rien de changé!