Le Premier ministre, directeur du quotidien arabophone de l'USFP, face à la justice
DOUBLE PLAINTE CONTRE AL ITTIHAD ICHTIRAKI
Omar Jazouli
Omar Jazouli et Abdelaziz Messioui intentent une action en justice contre le directeur de Al Ittihad Ichtiraki, le Premier ministre Abderrahmane Youssoufi. Motif: selon M. Jazouli un article paru à la Une du journal, daté du 21 mai, l'accuse de malversation. Le président de la Commune de Marrakech-Médina aurait détourné 561 millions de centimes. Le second plaignant, s'est senti diffamé dans un entrefilet paru dans le même journal, le 13 mai.
Par Abdellah CHANKOU
Décidément, les procès contre la presse
fleurissent comme les primevères au printemps. La dernière
action en date, celle intentée par Omar Jazouli, président
de la Communauté urbaine de Marrakech et président
de la Commune de Marrakech-Médina, contre le quotidien
Al Ittihad Ichtiraki. Un article annoncé à la une
dans l'édition du vendredi 21 mai met directement en cause
la gestion de l'élu dans des proportions ahurissantes.
Omar Jazouli qui a "appris cela par un ami de France ayant
lu l'article sur internet", a immédiatement riposté,
dénonçant le caractère mensonger du contenu.
Dans un télégramme adressé au Premier ministre
Abderrahmane Youssoufi, M. Jazouli a informé ce dernier
de sa décision de le poursuivre en justice en sa qualité
de directeur responsable de la publication.
Charges
Le signataire de l'article, le correspondant de Marrakech Mohamed
M'Barek Boumshouli, n'y va pas par quatre chemins. Les accusations,
si elles sont vérifiées, sont graves. Selon le journaliste,
Omar Jazouli aurait détourné 561 millions de centimes
au profit d'une société où il serait l'actionnaire
majoritaire. Il s'agit de la nouvelle compagnie Royale d'automobiles.
Pour M. Jazouli, il s'agit ni moins ni plus d'une diffamation.
"Effectivement, j'étais membre du conseil d'administration
de cette entreprise. Mais j'ai non seulement démissionné
mais vendu toutes mes actions le 27 décembre 1996",
explique le président. Il ajoute: "Cette accusation
est une allégation grave et infondée. D'abord parce
que, en vertu des dispositions de la Charte communale du 30 septembre
1975, toute dépense est inscrite à l'ordre du jour
lors d'une session du conseil, seule instance qui a la compétence
de la programmer et la soumettre au ministère de tutelle
pour approbation".
Bien entendu, le président ne peut pas obliger les membres
du conseil d'approuver une opération donnée sans
que celle-ci passe par un appel d'ordres dont l'avis est publié
dans la presse nationale. Pour Omar Jazouli, la procédure
en la matière est bétonnée.
Le correspondant de Al Ittihad Ichtiraki parle également
dans son article d'une dépense de 180 000 dirhams consacrée
aux festivités nationales. "Toutes les communes du
Maroc prescrivent ce genre de dépenses dans des fêtes
comme celles du Trône et de la Jeunesse. Où est le
problème? ", souligne-t-il. Autre accusation, le transfert,
en sa qualité de maire de Marrakech, de quelque 900.000
dirhams, en faveur de sa circonscription électorale, qui
aurait également bénéficié de deux
autres projets en dehors de l'approbation du conseil municipal,
l'un concernant la place Ibn Tachfine (618 000 dirhams et l'autre
relatif au jardin Kandafi de 2 millions de dirhams. Omar Jazouli
aurait-il disposé comme il l'entend des deniers publics
et du budget de la commune de Marrakech Médina? Non, répond
l'intéressé, qui a déjà intenté
à Marrakech un procès sous forme de citation directe
contre le journaliste. M. Jazouli compte introduire une autre
action, cette fois-ci à Casablanca, contre Abderrahamne
Youssoufi et l'auteur de l'article. Du côté du quotidien
arabophone de l'USFP, on affirme que les procès-verbaux
attestant les affirmations contenues dans l'article existent bel
et bien et qu'il ne s'agit nullement de mensonges. Omar Jazouli
ne l'entend pas de cette oreille, qui est résolu à
défendre son honneur et à obtenir réparation.
Un autre parlementaire UC, Abdelaziz Messioui, vient lui aussi
de poursuivre Abderrahmane Youssoufi en justice pour un entrefilet
paru à Al Ittihad Ichtiraki du 13 mai 1999 sous la rubrique
"Cette information".
Il est vrai que l'intéressé n'a pas été
cité nommément, mais il s'est senti visé.
L'article parle d'un "député de l'opposition
qui lors de la discussion du budget sectoriel des secteurs sociaux
au Parlement est intervenu pour semer le doute quant à
l'histoire et aux faits d'armes de la résistance nationale".
L'article qui ne comporte pas de signature relate la riposte d'un
des "témoins influents de cette époque"
qui a révélé que"le père du député
en question était un responsable des services de la police
française sous le Protectorat". M. Messioui demande,
en guise de dédommagement pour ce qu'il qualifie de diffamation,
une somme de 1 milliard de centimes.
Mahmoud Archane sur 2M, chez Samira Sitaïl
DÉPASSIONNER LE DÉBAT
Par Abdellah CHANKOU
La prestation de Mahmoud Archane lors de l'émission "Pour tout vous dire", animée par Samira Sitaïl a suscité des réactions mitigées. On peut aimer ou ne pas aimer, mais l'émission, à chaud, était loin d'être banale. Au menu, l'affaire Mahmoud Archane-Narjis Reghaye. Le leader du MDS aurait pu sortir par la grande porte et marquer de bons points s'il avait d'emblée présenté ses excuses à la journaliste de Al Bayane, Narjis Reghaye, pour l'article jugé diffamatoire paru dans son journal La voix du Centre. Une telle démarche a l'avantage de dépassionner le débat et sur le moment de mettre fin au feu roulant des questions de l'animatrice au sujet de cette affaire. Or, l'émission a été pratiquement réservée à cet épisode Résultat: ce dernier, qui n'a pas perdu pour autant son sang froid, s'est désolé à plusieurs reprises, de voir la discussion tourner autour du conflit l'opposant à notre consur Reghaye. Cela se conçoit, le leader du MDS aurait bien aimé sortir de cette affaire pour parler d'autres choses, de son parti et de la vie politique nationale. Thèmes qu'il a eus à peine le temps d'effleurer.
Angle
En qualifiant de regrettable l'article jugé diffamatoire
par la plaignante, le patron du MDS a fait une sorte de mea culpa
mezza voce. " Si vous me garantissez que l'intéressée
présentera elle aussi ses excuses, je ferai de même
tout de suite", a déclaré Mahmoud Archane.
Le secrétaire général du MDS a préféré
camper sur sa position, insistant sur le fait que c'est Narjis
Reghaye qui a tiré la première en le traitant de
tortionnaire dans un article publié à Al Bayane
du 13-14 janvier 1999. Depuis le début, M. Archane a donné
à cette bagarre une dimension politique dans le cadre de
ce qu'il appelle "un complot ourdi contre sa formation par
les partis adverses". En tout cas, l'affaire est devant la
justice, qui statuera sur ses tenants et ses aboutissants.