Désormais

TRISTES ANIVERSSAIRE

Face à la poudrière palestinienne, aucun pinaillage ridicule sur de prétendues frontières &laqno;vitales», ne peut assurer la sécurité d'Israël.

Par Abdellatif MANSOUR

Il y a des anniversaires qui sont tristes. C'est valable pour les États comme pour les individus. Le Cinquantenaire d'Israël en fait partie. Conçu par les esprits maléfiques du Foreign office, du temps où le soleil ne se couchait jamais sur l'empire britannique ; proclamé dans le sillage de la tourmente nazie, avec une extrême bienveillance des Nations Unies ; cet État est né, faut-il le rappeler, d'une extermination méthodique du peuple arabe de Palestine. Un État à nul autre pareil à travers l'histoire de l'humanité. La résurrection d'un mythe vieux de deux mille ans.

Les Israéliens se recueillent à la mémoire de leurs 20.000 soldats morts pour une &laqno;indépendance» acquise par le fer et le sang, au détriment des dizaines de milliers de Palestiniens génocidés, à Kafr Kacem, à Dir Yassine, à Sabra et Chatila et jusque dans l'enceinte sacrée de la Mosquée Al Aqsa. Et d'un million d'autochtones chassés de leurs terres. Une diaspora a remplacé une autre. Les victimes de l'holocauste sont devenus les bourreaux d'une population qui n'a commis à leur encontre ni pogroms, ni persécutions.

Le rêve de la &laqno;Terre promise», inscrit dans la &laqno;Déclaration d'indépendance», de même que le miracle économique, technologique et surtout militaire d'Israël, ont été rendus possibles grâce à l'aide massive et permanente des États-Unis, quelque 3 milliards de dollars par an.

Aujourd'hui, six millions d'Israéliens jouissent d'un niveau de vie comparable à celui des Européens; 17.000 dollars de revenu annuel par habitant.

Après cinquante ans de lutte politique et armée, des tonnes de résolutions onusiennes et finalement un accord dûment paraphé à Oslo, en 1993, les Palestiniens n'ont obtenu qu'un territoire-mouchoir de poche, constitué de 60% de la bande de Gaza, de 3% de la Cisjordanie et de la partie Est d'Al Qods. Ils sont 2,7 millions d'âmes à y être parqués, avec un revenu par tête d'habitant de 1200 à 2000 dollars par an et un taux de chômage de 18 à 37%. Pour leur emploi, comme pour leur alimentation en eau potable, ils dépendent entièrement d'Israël. Toutes les occasions sont bonnes, telles les festivités du cinquantenaire par exemple, pour boucler &laqno;les territoires» ou fermer les vannes d'eau courante. Le ghetto, l'apartheid, les frustrations et un sentiment légitime et permanent de révolte.

Et puis, soyons justes même avec les injustes. Pourquoi n'en vouloir qu'aux Israéliens pour la situation faite, aujourd'hui, aux Palestiniens ? Pourquoi ne pas en appeler à l'investissement d'une partie, d'une toute petite partie, des centaines de milliards de dollars arabes déposés dans les grandes banques européennes, américaines et asiatiques ?

Il n'en demeure pas moins que face à la poudrière palestinienne, aucun pinaillage ridicule sur de prétendues frontières &laqno;vitales», ne peut assurer la sécurité d'Israël. Pourtant Netanyahou a été élu sur la base d'un programme d'aggravation des conditions de vies des Palestiniens, de plus de provocations à leur égard et de piétinement de leur dignité.

En fait, le problème ne se résume pas à une controverse sur la part de Cisjordanie à rétrocéder à l'Autorité palestinienne, 11%,12%,30% ou même 40%. L'enjeu porte sur l'identité d'une société israélienne fondée sur la peur du voisin arabe. Un sentiment de peur que Netanayhou s'applique à maintenir, à raviver, aussi vrai qu'il lui a permis d'accéder au pouvoir.

Avec la paix comme pire ennemi, Israël ne sera jamais un pays comme les autres. Même d'ici la commémoration du centenaire de son implantation dans la région.

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