Le discours contesté de Mohamed Benaïssa

SOUS LES MOTS, LE PLAGIAT

Dans le numéro 314, en date du 14 au 20 mars, MHI a publié un article sur les activités ayant marqué la célébration de la fête du Trône aux États Unis. Un cadre du ministère des Affaires culturelles, du temps où Mohamed Benaïssa dirigeait ce département, nous a envoyé cette lettre dans laquelle il porte en accusations circonstanciées contre l'ambassadeur du Maroc aux États Unis. Un réquisitoire lourd et documenté.

Mohamed Benaïssa

J'ai été littéralement sidéré en lisant dans votre hebdomadaire (n° 314 page 29) l'article intitulé : le Maroc, pilier pour la paix. Au motif tout simplement que la quasi-totalité des extraits de l'allocution de M. Benaïssa ont été puisés par l'orateur dans un dossier de presse me concernant et d'une série d'articles publiés par Le Matin du Sahara sous ma modeste signature, respectivement le 15 juillet 1994, &laqno;Les vertus de la diplomatie des curs», le 28 novembre 1994, &laqno;Présences du Maroc à Atlanta» et le 29 juillet 1994, &laqno;Une dynamique porteuse de promesses»
Je me serais probablement abstenu de réagir devant ce qu'il faudra bien appeler un piratage en bonne et due forme, n'eût été la qualité du plagiaire (mille regrets, pas d'autre terme à ma portée...) et si les soubassements de cette histoire ne revêtaient un caractère quelque peu cocasse.
Au premier degré, une telle affaire ne m'aurait procuré qu'un vague sentiment de vanité dérisoire. Elle ne suscite en moi au contraire qu'une certaine tristesse face à la désinvolture avec laquelle certains de nos gouvernants conçoivent la préparation de leur tâche. Lorsque l'égocentrisme béat supplante l'incontournable militantisme patriotique, lorsque l'image de marque de l'individu prend le pas sur le rayonnement du pays, il n'y a rien à attendre de ceux qui en sont les protagonistes et alors, bien sûr, bonjour les dérapages, les impostures, la &laqno;mésinformation» et les saupoudrages trompeurs.

Chasse aux sorcières

Je suis tout aussi surpris, quoique passablement flatté à posteriori, que M. Benaïssa - auprès de qui j'ai eu l'occasion, à défaut d'honneur ou de plaisir, de travailler pendant les 7 premiers jours de son entrée dans le gouvernement de mai 1985 (à l'époque, j'officiai en qualité de délégué régional de la Culture à Rabat) - ait pu tellement apprécier mes idées et ma prose au point de les faire siennes. Alors qu'il n'avait pas hésité le huitième jour à me virer sans autre forme de procès (à l'exclusion de celui que je lui ai intenté intuitu personae devant le tribunal administratif pour abus de pouvoir).
Je me suis du reste consolé de cet avatar, convaincu que le tout nouveau ministre de la Culture, passé maître en matière de chasse aux sorcières, à l'instar de tous ceux qui préfèrent la docilité des habiles à la rigidité des hommes intègres, avait par la suite fait subir le même sort à un grand nombre de mes pairs, ici et ailleurs.

Dissuasion passive

Il est vrai en outre que je partais avec un lourd handicap à ses yeux. J'avais eu, en effet, le &laqno;privilège» de le rencontrer beaucoup plus tôt (1968-1972) du temps où, directeur du Lycée d'Asilah, j'ai pu contempler à loisir son art consommé et son exceptionnelle aptitude à faire feu de tout bois, lorsque, carriériste et fortement ambitieux, il s'évertuait à animer à sa manière une Association d'anciens élèves.
Ne serait-ce qu'au regard de ce passif antérieur, M. l'ambassadeur aurait dû à tout le moins être un peu plus sélectif et regardant quant à ses sources d'inspiration ou ses documents de référence.
Au surplus, M. Benaïssa n'a affiché à l'égard de nos projets qu'une altière et souveraine indifférence, voire même quelques velléités de dissuasion passive. Notre partenaire à Atlanta et néanmoins ami et grand patriote, Rafih Benjelloun, figure de proue de la colonie marocaine aux USA depuis plus de 20 ans, en sait quelque chose, à ce sujet. Venu un jour solliciter une audience et &laqno;quémander» - vu l'urgence d'une manifestation imminente en marge de la World Cup - quelques drapeaux du Royaume, au besoin à titre de prêt et contre décharge, il a proprement été éconduit sans ménagement et a dû commander à ses frais et par DHL les précieuses bannières à l'étoile verte que Son Excellence déclarait ne pas posséder et sans lesquelles la fête que sponsorisait le pauvre Rafih n'aurait eu, bien sûr, aucun sens.
Ces tribulations, ces frustrations n'ont en rien, Dieu merci, entamé notre enthousiasme ou notre foi et un travail consistant a pu être réalisé, salué par l'Ambassadeur des États-Unis en personne qui n'hésita pas, sur les ondes de la RTM, à faire le 22 juillet 1996 l'éloge de notre action avant, pendant et après les Jeux Olympiques, notamment. Maroc Hebdo International, pour sa part, a du reste évoqué ce que notre petite équipe, aux côtés et de concert avec le Morocco-American Circle, a pu faire à Atlanta au profit de nos athlètes handicapés à l'issue des &laqno;Paralympics». La presse américaine, qu'on peut difficilement suspecter de complaisance ou de légèreté, a donné dans le &laqno;Atlanta Daily World» du 23 octobre 1997, un compte rendu des plus flatteurs de ce qui a pu être fait concrètement et de manière fiable.

Père bienveillant

Il me faut maintenant marquer un arrêt pour adresser un hommage sincère à celui sans qui rien de tout cela n'aurait été possible.
Son Excellence Ahmed Snoussi, dont la mission en tant que Représentant permanent du Royaume à l'ONU n'a pas pour vocation première de privilégier les choses de la culture, a toujours été pour nous le père bienveillant et réceptif, le maître incomparable qui a guidé nos pas, facilité nos démarches, stimulé et cautionné nos initiatives et trouvé chaque fois le temps - malgré un agenda des plus contraignants - de nous recevoir, de nous écouter et de nous encourager. Que ce soit à Rabat ou à New York, dans sa résidence, en son cabinet ou même dans sa voiture de fonction érigée en salle de réunion itinérante dans les rues de Manhattan, il a toujours eu le mot ou le geste qu'il faut pour nous inciter à persévérer.

Précieux conseils

Il en fut toujours de même avec ce grand nationaliste que Moulay Ahmed Alaoui - autre père spirituel du projet - a toujours été. Chez lui, avec lui, sans artifice ni protocole, en présence souvent de sa respectable épouse; le professeur Assia Alaoui-Bensalah, dont la classe et l'érudition ont prodigieusement impressionné nos partenaires américains, nous avons eu droit, en compagnie de nos amis étrangers, à autant de précieux conseils que de généreuses marques d'hospitalité. Qu'il me soit permis, à travers les colonnes de votre journal et ce simple cri du cur, d'exprimer à tous et à chacun ma reconnaissance émue, ma gratitude sans faille et mon engagement inconditionnel, à oeuvrer constamment dans la voie tracée par tous nos aînés illustres, ces dignes fils de l'école de Mohammed V, c'est-à-dire l'école du Maroc éternel, qui font honneur à leur pays en tant qu'exécutants fidèles de la pensée hassanienne. Que ces grands commis de la Nation, serviteurs infatigables de leur Roi et de leur pays, sachant que leur message de dévouement à la chose publique et au rayonnement du Maroc a toujours été parfaitement assimilé par leurs collaborateurs-disciples. Et je m'honore de compter parmi ceux-là, même si c'est d'une manière épisodique et informelle, mais très passionnément.o

Zahid Hayat Mansouri , Rabat

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