Driss Dadsi plaide pour la tolérance

HYMNE À LA FRATERNITÉ
Par Abdellatif EL AZIZI

Quand un économiste abondonne le langage spécialisé pour l'écriture romanesque, cela donne à l'ombre des livres sacrés. Un roman à l'intersection de deux époques, à la limite de deux communautés.
L'auteur ne cache nullement son intention de prôner une forme de tolérance qui a longtemps servi de mode de vie à des communautés appartenant à diverses confessions. Avant de pénétrer plus loin dans l'histoire, le lecteur a droit à quatre citations des principaux livres sacrés des quatre grandes religions. A l'ombre de ces préceptes sacrés, un seul message d'amour et de fraternité entre les hommes.
Le lieu choisi par l'auteur est un petit village du Sud-est marocain. D'ailleurs, il aurait pu être n'importe quel petit village du Maroc à cette époque charnière entre le protectorat et l'indépendance. L'atmosphère, les conditions de vie, les communautés qui vivent en parfaite harmonie à Demnate, Bzou ou Sefrou. Des Juifs commerçants, artisans, des Musulmans tisserands, porte-faix et l'inévitable colon, arrogant, hautain et soupçonneux.
Malgré tout, Juifs, Musulmans et Chrétiens vivent en parfaite harmonie. Voisins d'une vie ou connaissances d'un jour, tous connaissaient le sens du respect mutuel et de la vie en communauté.
Le respect de l'autre passait avant tout par le respect de ses convictions religieuses, de ses pratiques sacrées. Pratiques qu'on pouvait à l'occasion partager. C'est au cours d'un mariage juif que le paisible village va être plongé dans le drame. A la suite d'un incident inattendu, une vieille femme musulmane va être involontairement tuée par de jeunes juifs. La conséquence est prévisible. Dans une atmosphère tendue par les chasses à l'homme organisées régulièrement par la gendarmerie française, les esprits surchauffés n'attendaient que cela. L'incident tourne au drame et les deux communautés, à partir de ce moment là, seront plongées dans le cycle infernal de la violence. Chacun rejette la responsabilité de ses malheurs sur les autres. Les tares qui avilissent l'humanité sont alors dominantes, elle ont pour noms, le fanatisme, l'irrationnel et l'intégrisme. Le roman retrace fidèlement ce Maroc des années cinquante, un société en pleine mutation. On soupçonne l'auteur de conter ici les faits réels d'une histoire dont les acteurs et les lieux sont fortement suggérés. En tout cas, Driss Dadsi nous a confectionné là un véritable plaidoyer contre toute forme d'injustice et d'intolérance, un roman que l'on peut considérer comme un véritable hymne à la fraternité, à l'amour et à la paix entre les hommes.

À l'ombre des livres sacrés Driss Dadsi
Édition: Présence africaine 197 pages

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