La situation économique du Maroc vue par les bailleurs de fonds

LE BON GRAIN ET L'IVRAIE

Par Abdellatif EL AZIZI

Les gros pontes de la finance mondiale étaient réunis le mercredi dernier devant la commission du développement et de la coopération du Parlement européen: Fonds monétaire international (FMI), Banque mondiale et Banque africaine de développement. Pour l'Afrique, le constat semble positif. Michel Camdessus, le directeur général du FMI explique cela par &laqno; une amélioration des politiques économiques et financières des pays africains. Une politique qui a conduit à un taux de croissance du Produit intérieur brut qui est passé de 2% (1994) à 4% (1995-1997), un taux d'inflation maîtrisé de 50% à moins de 20% et le déficit réduit de près de la moitié ». Le patron du FMI reconnaît néanmoins que la situation est fragile et que les risques de marginalisation liés à la mondialisation sont une réalité.

Fait significatif

L'information a été donnée par la presse nationale sous forme de dépêche. Un fait significatif. On est loin du temps où dès qu'un organisme financier international faisait mine de bouger, on tirait à boulets rouges. C'était dans l'air du temps. Le FMI avait à son actif plusieurs émeutes de la faim, 1981, 1984, 1990.

Même les intellectuels de gauche, pourtant si prompts à appuyer sur la gâchette sont revenus à de meilleurs sentiments vis-à-vis du FMI et de la Banque mondiale.

Certaines mauvaises langues avancent l'hypothèse selon laquelle la gauche, qui se prépare à l'alternance, explique ce retournement de veste par la volonté de ménager ses futurs interlocuteurs.

En réalité, face à la mondialisation des échanges et face à l'échec des politiques économiques successives, il n'était plus commode de faire endosser tous les ratages au FMI ou à la Banque mondiale. Le prétexte qui était bien commode à une époque parait de plus en plus inadapté, à mesure qu'une transparence forcée désigne nommément les véritables responsables du sous-développement dans lequel se débat le pays depuis l'Indépendance.

Quand le FMI et la Banque mondiale ont décidé de soumettre la distribution de leurs subsides à des conditions draconiennes, le ver était déjà dans le fruit. Pour s'engager officiellement dans le programme d'ajustement structurel en 1983, les pouvoirs publics marocains, n'avaient guère plus le choix.

Les conditions inhérentes au rééchelonnement de la dette extérieure bouleversaient forcément un ordre économique bien établi qui s'il profitait à une minorité, justifiait néanmoins les gesticulations des politiciens dont la culture économique n'était pas particulièrement développée.

L'ajustement structurel exigeait la réorganisation des rouages de l'économie nationale dans le but d'améliorer l'allocation des ressources. Les points clés de cette politique sont: redynamisation du secteur privé, libéralisation des échanges, suppression des blocages au libre jeu des forces du marché et l'ouverture de l'économie sur l'extérieur. Ce n'était pas encore la mondialisation mais les signes précoces étaient déjà là.

Dégraissage massif

Dans la foulée, les restrictions budgétaires musclées appelaient une politique monétaire où la libération des prix et la dévaluation du dirham devaient inciter les investisseurs étrangers et nationaux à mettre la main à la pâte. La privatisation des entreprises publiques, si elle rentrait dans cette logique, était également une manière pour les organismes internationaux de mettre le doigt sur une administration où des armées de fonctionnaires grèvent le trésor public pour des résultats somme toute médiocres.

Il est vrai que le FMI a préconisé des dégraissages massifs pour équilibrer les choses, mais il est également vrai que les rapports de la Banque mondiale n'ont pas raté l'occasion d'affirmer tout haut qu'aucune politique de changement ne pouvait être positive sans une motivation substantielle de ses principaux acteurs.

Il semble que les principaux patrons qui se sont succédé au ministère des Finances n'ont retenu de ces rapports que les choses antisociales. Ce qui fait que l'on a beaucoup glosé sur la facture sociale des différents plans d'ajustement structurel. A chaque fois, le FMI et la Banque mondiale avaient bon dos.

L'hypothèse du capitalisme mondial réunissant ses forces dans un complot visant à affamer les pays du sud a souvent servi à justifier, voire à expliquer des années de gabegie, de corruption et de mauvaise gestion des ressources publiques. Le FMI et la Banque mondiale n'ont jamais revendiqué le rôle de mécènes qu'on a voulu constamment leur coller. Il s'agit d'organismes financiers qui agissent avec le cynisme propre aux banquiers. Si l'adage &laqno; on ne prête qu'aux riches » a toujours sa valeur, on prête également aux moins riches à condition qu'ils se débrouillent pour rembourser. Or à chaque fois que les capacités à rembourser d'un pays endetté sont en jeu, on intervient et parfois de façon musclée. Ce qui fait que de nombreuses économies du Tiers monde ont été mises à genoux par les experts du FMI dès qu'il y avait danger de recouvrement. L'équité économique au Maroc n'a pas attendu le FMI pour être battue en brèche. Les politiciens marocains sont assez doués pour tenir un discours d'égalité tout en préconisant une inégalité de revenus dans les faits.

Quand SM le Roi en personne fait le procès des différentes politiques économiques à une époque où on n'entendait pas encore parler du FMI ou de la Banque mondiale, il y a lieu de s'interroger. Le discours royal du 4 août 1971 est clair en ce sens &laqno; Nous avons dit souvent que notre politique économique et sociale avait pour objectif d'enrichir le pauvre sans pour autant appauvrir le riche. Malheureusement, pour des raisons sur lesquelles, il est inutile de revenir, nous avons constaté que, tandis que le pauvre ne s'est pas enrichi, le riche a accru sa fortune. Ainsi l'écart entre les deux catégories n'a fait que s'élargir... »

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