Abdellatif Filali confirme la primauté de l'État et la démission des privatisateurs forcenés

L'AUTOROUTE DES CITOYENS

La ténacité de Abdelaziz Meziane Belfkih qui a reçu le soutien sans réserve de Abdellatif Filali, Premier ministre, a fini par payer. Les Doukkalis et les établissements publics installés à El Jadida auront une autoroute et celle-ci appartiendra aux Marocains. Exit les multinationales et le privé trop soucieux de son seul intérêt bien compris mais bien mal défendu. Parce que l'état n'a pas démissionné.

Par Amale SAMIE

Un feuilleton épique a pris fin, le vendredi 23 janvier, sur un communiqué du Département du Premier ministre qui conforte ceux qui ont cru en la mission de l'État. Ceux qui ont compris qu'une infrastructure de base aussi porteuse d'avenir et d'opportunités de développement que l'autoroute Casablanca-El Jadida-Jorf Lasfar ne pouvait être construite que par l'État et les établissements publics regroupés au sein de la société nationale des autoroutes, l'ADM.

Abdellatif Filali, l'homme du communiqué final.

La faillite d'un certain secteur privé et de sa piétaille en service commandé était consommée. Le Maroc s'est pris en charge d'une manière qui rassure les citoyens: aucune multinationale du &laqno;profit avant tout » ne rançonnera les voyageurs en percevant les droits de péage pendant 50 ans. Au rythme d'une moyenne de 6000 véhicules par jour, l'enjeu était de taille.

Apport de fonds

Le projet avait fait l'objet d'un avis d'appel d'offres international et avait été présenté à l'occasion de nombreux forums internationaux entre octobre 1995 et octobre 1996.

Italstrade, Bouygues et le groupement espagnol Ferrovial avaient été finalement présélectionnés et avaient présenté leur offre le 28 février 1997. Puis Italstrade s'était exclue d'elle-même en reconnaissant que sa mise de fonds initiale serait trop faible et qu'elle serait disqualifiée en demandant à l'État marocain des subventions telles que son projet serait certainement rejeté.

Quant à Bouygues et Ferrovial, elles ne s'étaient montrée prêtes qu'à un apport en fonds propres qui ne dépassait pas 5% du coût de construction et elles prévoyaient que ce coût serait de 3974 millions Dh, pour l'une, et de 1876 millions Dh pour l'autre. Les multinationales s'étaient donc distinguées par une fringale irrépressible. Allait-on enterrer l'autoroute?

Offensive généralisée

L'État allait-il démissionner en ces temps d'offensive généralisée contre sa participation à de nombreux secteurs stratégiques? Le reproche systématique d'impéritie, d'incompétence et d'inertie congénitale allait-il avoir raison d'un ambitieux projet destiné à donner un essor nouveau à une région potentiellement très active et aux richesses inexploitées? Le Département de l'Équipement a choisi de relever le défi. La bataille était maintenant claire: c'était l'action de l'État contre le lobbyisme rapace, l'indépendance du gouvernement contre les bradeurs et ceux qui les soutiennent pour des motifs spécieux.

La différence d'appréciation sur le fond venait du fait que l'État et le privé ne parlaient pas le même langage parce qu'ils n'avaient pas les mêmes motivations. Les soumissionnaires pensaient à la rentabilité financière -les recettes du péage sur un demi-siècle- alors que l'État avait à l'esprit la rentabilité économique, c'est à dire les retombées économiques globales de l'autoroute, son effet d'entraînement, la meilleure rentabilisation du port de Jorf Lasfar, le désengorgement du port de Casablanca, le regain de développement pour les localités traversées et aussi la sécurité, car la route d'El Jadida tue deux fois plus que la moyenne des routes marocaines.

Pour construire cette autoroute, Abdelaziz Meziane Belfkih, entouré d'une équipe de collaborateurs insubmersibles, décida après de nombreuses explorations et de consultations tous azimuts de définir un montage financier où l'Office national d'électricité (ONE), l'Office chérifien des phosphates (OCP) et l'Office d'exploitation des ports (ODEP) tiendraient un rôle de premier plan. Outre évidemment l'acteur naturel et incontournable, la Société nationale des autoroutes, l'ADM, concessionnaire des tronçons autoroutiers déjà réalisés ou dont les travaux sont sur le point de s'achever.

Mais l'ADM, chargée d'exécuter ce programme, ne pouvait assumer à elle seule la réalisation de ce projet. L'investissement privé qui devait prendre le relais a opéré une démission sans gloire.

Alors, après 16 mois d'allers-retours du dossier, une solution alternative devait être trouvée, faute de quoi le projet d'autoroute allait rejoindre le monceau des projets morts nés.

Démission sans gloire

Dès lors, ceux qui ne voulaient pas renoncer et qui n'acceptaient pas que les Doukkalis et les Casablancais soient pénalisés ont jeté toutes leurs énergies dans la bataille.

Il fallait mettre en place des fonds propres de 400 millions Dh, soit 25% du coût estimé du projet qui est de 1500 millions Dh. Une somme que l'on ne trouve pas sous les sabots d'un cheval et que le sens du bien public seul ne pouvait pas générer à partir d'un budget déjà étriqué. Les trois offices actionnaires et l'ADM ont manifesté la volonté de créer une société de droit privé. Le capital social des trois partenaires devait être de 150 millions Dh pour l'ADM (38%), 100 pour l'OCP, autant pour l'ONE (25% + 25%) et de 50 pour l'ODEP (12%).

Le Secrétariat Général du Gouvernement transmit alors le dossier au Premier ministre avec un avis défavorable en ce qui concerne la participation de l'ONE. Les invertébrés et les aigris crièrent victoire. Mal leur en prit, très vite ils allaient perdre ce qui leur restait de crédibilité.

Car le Premier ministre monta au créneau pour replacer le débat dans son cadre et remettre chacun à sa place. Son communiqué du 23 janvier a donné raison aux serviteurs du citoyen contre les serviteurs de l'argent. Les zélateurs effrénés de la privatisation forcenée, un peu trop attachés à ce qu'ils considéraient comme une chasse gardée, et qui s'accrochaient à leurs prérogatives au détriment du bien public furent dégrisés parce qu'une sévère correction venait de leur être administrée. Abdellatif Filali a-t-il voulu les ramener à une plus juste notion des choses et à les dissuader d'un activisme qui révélait l'ambition résolue de lui forcer la main?

On ne force pas la main à Abdellatif Filali, on n'influence pas un Conseil des ministres. Selon le communiqué, &laqno;la réalisation de ce projet faisant partie intégrante du programme autoroutier national a été décidée vue son importance stratégique et économique pour le pays ».

L'autoroute ira à El Jadida.

&laqno; À cet effet, une commission interministérielle a examiné les différentes solutions de réalisation et a conclu son financement par des fonds publics, faute d'offre privée financièrement acceptable de l'appel d'offres international lancé par le Département de l'Équipement. Le montage financier envisagé consiste en une contribution de l'État et des établissements bénéficiant directement des retombées économiques du projet et ayant la capacité financière nécessaire...les fonds propres de l'ADM seront donc renforcés par une contribution de l'État et des établissements publics susceptibles d'y participer... »

La fin des haricots pour ceux qui jubilaient à la perspective d'avortement d'une entreprise qui les avait laissés sur le bas-côté.

L'autoroute se fera donc dans le cadre de l'ADM au sein de laquelle les partenaires publics, ODEP, OCP et État seront regroupés. La part qui devait être apportée par l'ONE sera apportée par l'État. L'autoroute appartiendra aux citoyens et la presse indigente, suspecte et masochiste qui avait diffusé un dossier complètement truqué vient de subir une déroute impitoyable. Celle dont on ne se relève pas car elle discrédite définitivement les pompes à fric déguisées en entreprise de presse.

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