La fête de la jeunesse et le sport
Le fait que Sa Majesté rappelle les réalisations de
Aouita et Nawal, treize ans après
les J.O de Los Angeles, n'est pas un pur hasard. C'est manifestement un
appel
aux jeunes pour la pratique des sports.
Hassan BENADAD
Said Aouita
Juillet 1986, aéroport Mohammed V de Casablanca. Sur une immense
aire préparée pour la circonstance, une foule nombreuse attendait
impatiemment l'arrivée d'un avion. Il ne s'agit pas de n'importe
quel avion, mais de celui ramenant au pays les héros de Guadalajara.
L'atterrissage de l'avion spécial qui ramenait l'équipe nationale
de Mexico, était prévu pour 16 heures. Les familles des joueurs
étaient rassemblées dans une salle où on leur servait
des rafraîchissements. D'autres étaient attablées dans
un parc gazonné, protégées d'un soleil de plomb par
des parasols.
De l'autre coté, des centaines de supporters avaient les yeux pointés
sur le ciel guettant l'apparition d'un avion qui tardait à venir.
Entre temps, Said Aouita, alors au summum de sa gloire, débarquait
d'un avion de ligne. Il boitait car il souffrait d'une blessure à
la cheville. Il passa inaperçu et quitta rapidement l'aéroport
pour regagner Casablanca.
Fresques
Dans la capitale économique, la ferveur populaire battait son plein
avec les festivités de la fête de la jeunesse. Une fête
qui a coïncidé cette année avec l'exploit des lions de
l'Atlas à la coupe du monde de Mexico 86.
Au complexe Mohammed V, on s'apprêtait d'ailleurs à fêter
ces deux heureux événements. Surtout que Sa Majesté
le Roi a tenu à honorer les joueurs de l'équipe nationale
en les recevant en public dans ce temple du football.
Le stade était archi-comble et le public attendait ses héros
en admirant le joli spectacle donné par des centaines de jeunes filles
et garçons.
Quand l'avion a atterri vers 20 heures, on a compris pourquoi il y avait
autant de retard. La délégation marocaine a dû attendre,
à Rome, l'arrivée de Nawal Moutawakil qui se trouvait dans
une capitale européenne.
Finalement les deux médaillés olympiques et les footballeurs
sont entrés ensemble dans un stade qui a explosé de joie.
Sa Majesté le Roi, qui était entouré de leur Altesse
Royale le Prince héritier Sidi Mohammed et le Prince Moulay Rachid,
a alors salué ces sportifs méritants qui ont hissé
haut le drapeau national.
Succès
Installé dans une voiture aménagée pour la circonstance,
le Souverain a fait le tour du stade en compagnie des deux athlètes
et des footballeurs. Le Roi et ses sujets furent longuement acclamés
par près de quatre vingt milles spectateurs.
Un spectacle inoubliable d'un Roi qualifié, à juste titre,
comme étant le premier sportif du pays. Pratiquant diverses disciplines
sportives depuis son enfance, Sa Majesté a toujours accordé
au sport et aux sportifs un intérêt particulier.
Le 8 juillet 1997, le Souverain a dans son discours de la fête de
la Jeunesse, affiché encore un bel esprit sportif. Avec une profonde
humilité Sa Majesté a déclaré: &laqno;Peux-tu
imaginer , et nous le disons en toute modestie, que lorsque pour la première
fois lors des jeux olympiques, le drapeau marocain a été hissé
grâce à Aouita et Nawal (Moutawakil), beaucoup de spectateurs
se sont demandés qui est ce "Morocco"? ils ne le connaissaient
pas. Ceux qui se sont posés cette question , ont par la suite connu
ce "Morocco" davantage par Aouita et Nawal que par son Roi, ton
humble serviteur. C'est là une réalité que nous ignorions.
La moisson et les succès que nous avons réalisés, par
la grâce de Dieu, sont inimaginables.»
Le fait que le Souverain réserve au sport une place aussi importante
et d'une aussi belle manière, dans un discours de ce genre, est à
maints égards significatif. En premier lieu, le sport et les sportifs
en sortent grandis puisqu'ils occupent une place prépondérante
dans les préoccupations royales.
Profit
Car dans l'intonation du discours royal, le sport s'avère plus qu'un
fait de société; une nécessité impérieuse.
La jeunesse en tire profit tout aussi bien que notre pays qui en récolte
les fruits dans plusieurs domaines.
Comme la fête de la jeunesse porte bien son nom, le message de Sa
Majesté s'adresse plus particulièrement aux jeunes pour une
pratique massive du sport. Ce dernier est de prime abord un vaccin contre
la délinquance juvénile.
La jeunesse du monde entier est confrontée quotidiennement aux tentations
morbides de la drogue, de l'alcool et des maladies qui en découlent.
Face à ces fléaux des temps modernes, le sport constitue la
seule issue de secours. En effet, sans une jeunesse saine et équilibrée,
aucun pays au monde ne peut prétendre à un progrès
constant. Pour un pays jeune comme le nôtre, l'exploit de Nawal et
de Aouita étaient nécessaires pour faire des émules
au sein de la jeunesse. Le fait que Sa Majesté le rappelle treize
ans après les J.O de Los Angeles, n'est pas un pur hasard.
C'est manifestement un appel aux jeunes pour la pratique des sports de hautes
compétitions. Notre pays est doté d'une nature et d'un climat
qui favorisent l'éclosion de sportifs de grands talents.
Les exploits en football et en athlétisme ont donné au Maroc
une renommée dans les contrées les plus lointaines de la planète.
D'autres prouesses démontrent qu'avec le sérieux et le travail,
les jeunes peuvent concurrencer les meilleurs dans d'autres disciplines.
Le message royal va directement aux différents responsables du sport
national. Les résultats sont là pour différencier ceux
qui s'acquittent de leurs tâches, des dirigeants qui versent dans
l'exhibition. Les derniers jeux méditerranéens de Bari en
Italie ont dévoilé au grand jour les défaillances des
uns et le sérieux des autres. C'est le constat fait par le Comité
national olympique marocain (CNOM) dans un communiqué diffusé
lundi 7 juillet 1997. Le ton est on ne peut plus sec et direct &laqno;certaines
fédérations méritent des éloges pour leurs brillants
résultats, par contre d'autres n'ont pas honoré leur engagement
dans cette grande manifestation sportive méditerranéenne.»
Le président du CNOM, le général de division, Housni
Benslimane, ne fait pas dans les détails. Une première et
excellente initiative pour encourager les dirigeants méritants et
avertir ceux qui dorment sur leurs lauriers.
Fierté
Les méritants sont les dirigeants du football, de l'athlétisme
et du tennis, qui nous ont donné de fortes sensations cette année.
La qualification de l'équipe nationale à la coupe du monde,
le record du monde de Salah Hissou, la suprématie d'El Guerrouj,
l'exploit d'Arazi à Rolland Garros et le titre de champion du monde
de Rahilou, sont des motifs de fierté pour tout un peuple.
C'est le Maroc qui gagne! c'est un sentiment que tout Marocain ressent quand
l'un de ses compatriotes se distingue au niveau international.
Alors, on devine le bonheur du sportif qui engendre ces sensations chez
tout un peuple. Il doit rêver, surtout quand un grand Roi comme Sa
Majesté Hassan II l'entoure de sa sollicitude et le met au devant
de l'actualité.
Jeunes à vos marques!