Abdellatif Filali et la liberté d'expression

L'HOMME DE CONVICTION

S'il n'est pas un adepte des actions spectaculaires et des sorties fracassantes, le Premier ministre a su se positionner en homme de dialogue, qui a eu raison de ses détracteurs par le travail permanent et discret.

Par Abdellah CHANKOU

Le Premier ministre est un démocrate. Loin de chercher à crier ce qu'il est - ce qui aurait été perçu comme une fanfaronnade - Abdellatif Filali s'emploie plutôt à le démontrer dans les faits. Il a eu raison, par le travail discret et permanent, de tous ses détracteurs. Rarement Premier ministre a essuyé lui et son équipe autant de critiques. Il a maintenu le cap. Contre les apparences et les effets d'annonce, le bilan est substantiel.

La raison est simple. Abdellatif Filali a un goût prononcé du concret et un sens aigu de l'engagement. Pourquoi faire de la complaisance ou verser dans le dithyrambique quand les choses parlent d'elles mêmes, à travers des actions mises à l'épreuve de la réalité.
Trois délégations ont été reçues, mardi 14 janvier vers 11 heures, par le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Abdellatif Filali.
Il s'agit de l'Association des barreaux du Maroc, des Associations des Droits de l'Homme et du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), respectivement représentés par Brahim Semlali, Abdelaziz Bennani et Mohamed Larbi Messari.

 

Culture du dialogue

Objet de l'initiative: l'interdiction, le mercredi 20 novembre 1996 de l'hebdomadaire Al Ousboue Assahafi Wa Siyassi. Les membres des trois délégations demandent la levée de l'interdiction qui a frappé le journal de Mustapha Alaoui. Abdellatif Filali a été très sensible aux arguments de ses interlocuteurs.
En homme libéral, acquis à la culture du dialogue, M. Filali a promis à ses vis-à-vis d'examiner la situation de l'hebdomadaire arabophone, qui a laissé un grand vide dans le paysage médiatique. M. Filali n'est pas partisan des jugements arrêtés et définitifs. Il sait écouter et discuter.

A l'issue de cette réunion, les représentants des trois délégations ont été rassurés par les propos optimistes du Premier ministre. Celui-ci, à n'en point douter, est le premier à être contrarié par la disparition d'une voix d'expression des réalités du Maroc. Sans autre forme de procès.
L'intéressé assure n'avoir pas été informé des griefs qui auraient abouti à la fermeture de son journal. Le Maroc est censé avoir tourné le dos à de telles pratiques, qui ne font que brouiller encore plus son image auprès de l'opinion publique nationale et internationale.

 

Apaisement

Abdellatif Filali s'est toujours illustré par des positions allant dans le sens de l'apaisement et du dialogue. Pourquoi aurait-il reçu les trois délégations, s'il n'envisageait pas un réel réexamen de la décision prise à l'encontre de l'hebdomadaire arabophone? Une initiative à son honneur.
Souvenez-vous, notre journal, sans aller jusqu'à subir une mesure d'interdiction aussi brutale, a fait l'objet d'une plainte déposée par le gouvernement de M. Filali en raison de la publication par Maroc Hebdo International du rapport de l'Observatoire géopolitique sur les drogues (OGD) sur le trafic des stupéfiants au Maroc.
Nous étions les premiers surpris par cette décision, dans la mesure où l'article incriminé ne comportait aucun délit de presse tel que l'injure ou la diffamation. Et en même temps, nous étions soulagés du fait de la procédure adoptée à cet égard par le Premier ministre: une poursuite en justice en bonne et due forme.

Une première du genre en matière de presse. Elle a été initiée sous le gouvernement Filali. Cette attitude nouvelle démontre si besoin est que le Maroc a pris des choix résolus dans le domaine des libertés. Car en d'autres temps, l'attitude des pouvoirs publics était tout autre. Emprisonnement. Censure. Interdiction. Sans autre forme de procès. Le Maroc a fait beaucoup de chemin.
Pour autant, M. Filali était resté ouvert à n'importe quelle initiative pour revoir la plainte déposée contre notre journal. La preuve, il n'a pas vu d'un mauvais il la médiation dans cette affaire de Mohamed Larbi Messari, secrétaire général de la presse marocaine (SNPM).
Ce dernier a été reçu à plusieurs reprises par le Premier ministre, qui ne l'a pas seulement écouté, mais également entendu. Finalement, M. Filali, fort de sa culture enracinée, a renoncé à la poursuite de Maroc Hebdo devant les tribunaux.

 

Attitude nouvelle

Peu importe maintenant les circonstances de cette malheureuse affaire, mais toujours est-il que le Premier ministre s'est montré encore une fois à la hauteur de ses valeurs et de ses convictions. En faisant l'économie d'un procès dont ni notre journal, ni le Maroc, ni la presse marocaine n'avaient besoin, à un moment où le Royaume adhère courageusement aux principes du respect mutuel et du dialogue constructif.

Ce sont les mêmes principes qui ont guidé l'action de Abdellatif Filali dans l'affaire ayant opposé des semaines durant le ministre de la Privatisation Abderrahmane Saâïdi au député-homme d'affaires istiqlalien Miloud Chaâbi.
Le conflit a pris une autre tournure en débouchant sur des accusations mutuelles dont l'onde de choc est arrivée jusqu'à l'enceinte du Parlement.

Piqué à vif, se sentant attaqué, le parti de l'Istiqlal a mis son point d'honneur à aller jusqu'au bout dans le dossier des privatisations. Politisation de l'affaire. Abderrahmane Saâïdi, lui, était prêt de son côté à faire tout pour se défendre. Attitude normale.
À ce rythme, l'affaire ne s'arrêterait plus et empoisonnerait davantage le climat politique. A ce stade, il fallait une intervention vigoureuse pour tempérer les ardeurs et calmer les esprits. C'est Abdellatif Filali, qui sans taper sur la table, a mis tout son poids de chef de gouvernement pour arbitrer sereinement entre les parties en conflit. Tractations. Conciliabules. Rapprochement des positions.

 

Ame bien trempée

Avec succès, il a réglé le problème lors d'une séance du Parlement retransmise en direct, fin décembre 1996. Les choses sont rentrées dans l'ordre. En agissant ainsi, avec un art de la diplomatie remarquable, aucune des parties n'a perdu la face. Au contraire, chacun s'est retrouvé dans son amour propre.
Dans ce dossier particulièrement, M. Filali a su proposer une solution opposée à la passion des jugements des uns et des autres.

Le crédit de sympathie et les préjugés favorables dont bénéficie M. Filali auprès de l'ensemble des acteurs politiques n'a jamais été démenti.
S'il n'est pas un adepte des actions spectaculaires et des sorties fracassantes, le Premier ministre a su se positionner en homme de dialogue, qui a témoigné à plusieurs reprises son refus véhément de l'arbitraire et de l'injustice.
La tâche du Premier ministre n'est pas facile. Une tâche qui au-delà du bilan gouvernemental ou politique, exige une âme bien trempée qui a l'expérience des hommes et qui a fait ses preuves sur le terrain.

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