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3 millions de Marocains souffrent d’une maladie rénale chronique

Interview. Le 12 mars 2015, le monde célèbre la Journée Mondiale du Rein. Une occasion pour sensibiliser le grand public à l’importance des maladies rénales. Le Pr Amal Bourquia, néphrologue, vient d’éditer un livre intitulé “Guide Africain de néphrologie pédiatrique”. Elle fait le point sur cette pathologie au Maroc.

Interview. Le 12 mars 2015, le monde célèbre la Journée Mondiale du Rein. Une occasion pour sensibiliser le grand public à l’importance des maladies rénales. Le Pr Amal Bourquia, néphrologue, vient d’éditer un livre intitulé “Guide Africain de néphrologie pédiatrique”. Elle fait le point sur cette pathologie au Maroc.

Maroc Hebdo: La Journée mondiale du rein est célébrée cette année sous le thème “Des reins sains pour tous”. Pourquoi cette thématique?
Pr Amal Bourquia:
Cette thématique est choisie par la Société internationale de néphrologie. Au niveau de l’association “REINS”, que je préside, nous pensons que ce sujet est très intéressant car il vise l’ensemble de la population, qui est au centre de nos préoccupations. Nous concentrons aussi nos efforts sur l’enfant, pour lequel l’Association internationale de néphrologie pédiatrique (IPNA), a créé la première journée cette année. Elle est célèbre le même jour que celle internationale. Je préside la commission de cette journée au sein de l’IPNA. Cette commission initie et choisit le meilleur projet à travers le monde, qu’elle soutient financièrement.

Quelle est la situation des maladies rénales au Maroc?
Pr Amal Bourquia:
Plus que 500 millions de personnes, dont au moins 3 millions au Maroc, souffrent d’une maladie rénale chronique. Non détectées, les maladies rénales entraînent une perte progressive de la fonction des reins et vont mener au traitement par dialyse ou à la greffe du rein. En absence de statistiques très précises concernant la dialyse, on peut avancer des chiffres approximatifs relatifs à fin 2014: près de 17.000 dialysés dans 200 centres publics et privés, près de 400 greffes rénales et 1.200 nouveaux dialysés. En effet, l’insuffisance rénale chronique (IRC), qui est une maladie grave, entraîne une détérioration graduelle et irréversible de la capacité des reins à filtrer le sang et à excréter certaines hormones. Elle résulte des complications du diabète, de l’hypertension ou d’autres maladies.

Pensez-vous que les responsables, aussi bien l’État que les associations, jouent leur rôle quant à la sensibilisation à cette maladie?
Pr Amal Bourquia:
Des efforts sont effectivement fournis mais ils restent très insuffisants, en particulier en ce qui concerne la prise en charge des pathologies chroniques comme le diabète et l’HTA (hypertension artérielle) qui sont les principales causes de l’IRC. Depuis sa création, “REINS” travaille sur le volet de la sensibilisation et de la prévention, l’objectif étant de d’inciter la population à faire face aux réalités sévères de la maladie du rein et à les encourager à vérifier s’ils sont à risque. Notre action vise également à sensibiliser les pouvoirs publics et les organismes de couverture à investir dans les mesures préventives et d’oeuvrer pour une prise en charge plus agressive par les médecins du contrôle de l’hypertension artérielle et du diabète.

Qu’en est-il du traitement de cette maladie?
Pr Amal Bourquia:
Le traitement des maladies rénales représente une des dépenses les plus importantes pour les organismes de couverture et pour le ministère de la Santé et on prévoit une augmentation rapide de ces dépenses, car la population vieillit et le diabète et l’hypertension artérielle touchent de plus en plus de personnes.

Côté prévention. Que faut-il faire?
Pr Amal Bourquia:
A travers le monde, la fréquence des maladies rénales chroniques est en constante augmentation, le rôle de l’information du public et la sensibilisation de la communauté médicale et des gouvernements n’a jamais été aussi important. D’ailleurs, les statistiques montrent que moins de 30% des personnes atteintes de maladies rénales chroniques en sont informées. Il est essentiel d’oeuvrer pour que la mesure de tension artérielle et la recherche de protéines dans les urines fassent partie de tout examen médical. Il est aussi important d’appeler les autorités de la santé publique à encourager des initiatives pour réduire le risque de développer de l’hypertension, telle la réduction de la consommation du sel.

Vous avez écrit un livre intitulé “African pediatric nephrology guidebook” (Guide africain de néphrologie pédiatrique), que vous présenterez prochainement à Cape Town, en Afrique du Sud, à l’occasion du congrès mondial de Néphrologie. Est-ce à dire qu’il y a un contexte africain particulier de la néphrologie pédiatrique?
Pr Amal Bourquia:
La néphrologie pédiatrique, qui a fait d’énormes progrès, reste cependant à un stade embryonnaire, voire même absente dans la grande majorité des pays africains. Cette spécialité, caractérisée par un vaste champ d’action et de multiples interconnexions avec d’autres disciplines, s’est imposée ces dernières années pour les soins des enfants atteints d’une pathologie rénale. La prise en charge des pathologies rénales est coûteuse, particulièrement aux stades avancés. Ce lourd poids financier s’impose comme l’un des premiers obstacles au développement de la néphrologie pédiatrique en Afrique, qui est aussi handicapée par les traditions et cultures encore très pesantes dans notre continent. D’où l’obligation de renforcer la collaboration régionale et internationale en vue d’assurer le développement de cette discipline.

Quelles sont les informations qu’apporte, à ce propos, cet ouvrage?
Pr Amal Bourquia:
En fait, l’idée d’un tel ouvrage sur la NP me “hantait” depuis plus de cinq ans déjà. Cinq longues années ont été consacrées à la collecte des coordonnées des confrères de différents pays d’Afrique. Une tâche ardue mais exaltante. Je n’ai jamais baissé les bras pour mener à terme ce projet qui me tenait à coeur.

Résultat… ?
Pr Amal Bourquia:
Cet outil de base, auquel ont collaboré, pour la première fois, plusieurs néphrologues pédiatres africains, des praticiens rompus à des expériences de terrain particulières et enrichi par de données internationales en la matière, se veut un ouvrage susceptible d’apporter des informations, souvent cruciales, à l’ensemble des jeunes praticiens africains et des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Au final, ce sont les spécialistes de pays africains, très divers, qui auront contribué à donner naissance à cet ouvrage de 30 chapitres ciblant les pédiatres africains avec un contenu à la fois pratique et adapté à des particularités locales et à des ressources limitées. Pour vulgariser et partager toutes ces compilations de données et synthèses et afin d’atteindre un lectorat le plus large possible, l’ouvrage sera, grâce au soutien de l’Association internationale de néphrologie pédiatrique (IPNA), édité en français et en anglais et distribué gratuitement.

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