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29 printemps et un été, de Maurice Arama

29 printemps et un été, un riche composé de la vie du peintre et de ses œuvres, traversé d’un bon littéraire à la fois personnels, anecdotiques ou critiques.

Il avait 29 printemps et un été. Un été de Vivaldi sûrement… celui des quatre saisons, un été qui oeuvrait pour le reste… comme un début. Ne naît-on pas davantage après sa mort? La mort ne nous grandit-elle pas? Ne naît-on pas posthume que si l’on était grand déjà? C’est à tout juste 29 ans qu’Amine Demnati céda la parole à son oeuvre, lui qui, sachant dissocier l’art de l’explicite, l’allégeant ainsi du verbe, pour le libérer à jamais. Il eut le naturel de repousser le scolaire, laissant à sa porte un art guindé d’une dite théorie. Il s’occupait des couleurs, puis des formes, bref, de ce qui fait la peinture… Hélas, beaucoup ont oublié ce précepte.

Il menait l’allusion, Pascal ne disait-il pas que tout esprit profond avance masqué? Oh que si! Mais des écoles, il en a connu, le peintre nouveau ne goûtait plus au figuratif, ni au naïf, encore moins au réalisme, «A quoi bon peindre une pomme?», disait Matisse. Pour enfin se réfugier dans l’abstrait, mais un abstrait qui ne laisse pas de transpirer le signifiant… voyez ce tableau fait de touches successives de blancs sur un fond de rouge, celui de 1971… un tableau sans nom, pour un drame sans nom. Ce fut l’année de sa disparition… Comme vue d’ensemble, on y voit des hommes, paraissant se soustraire l’un à l’autre jusqu’une espèce d’éthérisation, mais comme vue de l’un, on n’y voit qu’une tache de blanc… là où l’allusion et l’illusion vont de pair.

La même année, un même tableau, cette même foule, ou presque, prenait des couleurs vivaces, de bleu et de jaune et d’une autre couleur à lui: La couleur. Deux peintures… une prophétie. Comme une divine comédie de Dante qui d’abord se veut paradisiaque. Une foule, qui, de tout temps, chargea l’imaginatif du peintre de toute la philanthropie, de tout le mouvement d’un maître pinceau.

Une foule à 150 000 euros
Prenez cette foule de Marrakech, vendue en 2014 à Paris pour 150.000 euros. Et voyez comment ce chiffre n’égale en rien ce qu’on a pu dire jusque là. Voyez là deux natures qui s’excluent presque mutuellement… qu’est-ce que cet argent sans le monde? Par contre, qu’est-ce que le monde sans art? N’en déplaise à Céline, lui-même, qu’est-ce qu’une vie sans roman? Demnati était un roman. Ou du moins, l’est devenu…l’on y voit une fabrique de poésie et de musique, de théâtre et de bonne vie. Une verve poétique qu’il aimait à déclamer tout petit déjà. De mémoire vient à ses proches ce verset qu’il chérissait: “Est-ce toi qui fais entendre les sourds, même s’ils sont incapables d’entendre?”… comme une poésie sacrée qui le rattrapa sur le tard… car parti en pèlerinage, le sacré le prit au pinceau pour ainsi en ôter tout le profane… l’on y voit des pèlerins cette fois…Et non l’art n’est pas une souillure aurait-il peint plutôt que dit.

Demnati était aussi un peintre du nu, à sa façon… et dieu sait qu’il aurait ri à ce qu’on a appelé il y a 5 ans de là: L’art propre. Car qu’estce que peindre, dirait l’artiste, si ce n’est de tenter de traduire par des moyens plastiques le sentiment d’un homme à l’égard de la vie? La messe est dite.

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